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Interview avec Ahmed Bernoussi, Secrétaire général de Transparency Maroc

Ahmed Bernoussi ist Geschäftsführer von Transparency Maroc. Folgendes Interview ist für den Artikel Vorstellung nationaler Chapter: Transparency Marokko entstanden, der im Scheinwerfer 80 (S. 26) vom September 2018 erschienen ist.

Ahmed Bernoussi est le Secrétaire général de Transparency Maroc. Cet interview a été mené pour un article sur le travail de Transparency Maroc qui a été publié dans le cadre du Scheinwerfer 80 (page 26) en septembre 2018.

Quand et comment est-ce que Transparency Maroc a été fondé ?

L’Association Marocaine de Lutte Contre la Corruption, Transparency Maroc, (TM) a été fondée le 6 Janvier 1996 par un groupe de militants. La constitution de TM a été dictée par le phénomène de la corruption devenu très inquiétant au Maroc couplé à un manque de transparence et de mauvaise gouvernance dans la gestion des affaires publiques. A l’époque, le débat sur la corruption était un tabou pour le pouvoir marocain qui n’a délivré le quitus légal de constitution de l’association qu’en 2004 après plusieurs années d’activités sur le terrain.

Comment est-ce que le pays et les défis pour le travail de Transparency ont changé depuis?

Les défis pour le pays sont encore les mêmes puisque l’indice de perception de la corruption au Maroc oscille entre 32 et 47 points depuis 1999. Ces scores placent le Maroc dans la catégorie des pays où la corruption est endémique et systémique. Pour Transparency Maroc, ses activités sont relativement tolérées depuis la signature et la ratification par le Maroc de la convention des Nations Unies en 2007, d’une part, et l’appropriation par le grand public de la question de la lutte contre la corruption devenue une demande populaire depuis 2011, d’autre part.

Quels sont les principaux projets de Transparency Maroc en ce moment ?

Les principaux projets actuels de Transparency Maroc sont :

  1. "L’Observatoire de la Stratégie Nationale de Lutte Contre la Corruption": L’élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre la corruption a demandé plusieurs années de plaidoyer. Elle a été adoptée en décembre 2015 avec la participation de TM et du secteur privé mais sa mise en œuvre n’est toujours pas sérieusement mise en œuvre. La commission nationale anti corruption de pilotage de cette stratégie, dont TM est membre, n’a tenu sa première réunion que le 4 avril 2018. Le projet vise le suivi de la mise en œuvre de la stratégie et son évaluation périodique.
  2. "Transparence fiscale": Ce projet vise à promouvoir la redevabilité en matière de finances publiques, la transparence et l’accès à l’information fiscale et budgétaire et à améliorer l’équité dans la collecte et la répartition des recettes publiques en vue d’en faire un vecteur de développement économique et de meilleure répartition de la richesse. Le projet comporte plusieurs séminaires et ateliers de débat dans plusieurs villes du pays avec un plaidoyer destiné aux administrations et élus pour adopter un système fiscal plus juste.
  3. “Nouvel standard d’intégrité et de redevabilité: Reconnaissance de l’impact de la corruption sur les femmes” : La corruption sexuelle comme exemple. Le projet se propose d’atteindre les objectifs suivants:
    • Renforcer la compréhension des formes spécifiques des différentes manifestations de corruptions subies par les femmes;
    • Approfondir la connaissance de la législation existante, des procédures et du cadre institutionnel en mesure de traiter les préjudices de corruption sexuelle;
    • Identifier les actions en cours et les programmes pouvant potentiellement contribuer à juguler la corruption sexuelle dans le secteur privé;
    • Sensibiliser et mobiliser les acteurs autour du problème de la corruption sexuelle.
    • Le projet comporte plusieurs séminaires et ateliers de débat dans plusieurs villes du pays.
  4. "Paroles de jeunes pour la redevabilité": Ce projet vise les objectifs suivants :
    • Renforcer les capacités de la société civile et la doter des capacités nécessaires à l’interrogation et l’interpellation des élus et élites politiques
    • Mettre en place un réseau de jeunes disposant d’une bonne connaissance du système politique du Maroc, des bonnes pratiques, des lois et règlements et des outils nécessaires pour exiger la reddition des comptes.
    • Le projet comporte l’organisation de la «semaine de la transparence et de la redevabilté » moyennant des oeuvres d’artistes dans plusieurs villes du pays articulées autour des thématiques du plaidoyer mené par Transparency Maroc via ses différents projets et visent particulièrement les jeunes.

Le Maroc a gagné trois points et dix places au CPI 2017 en comparaison avec le résultat de 2016 et se trouve maintenant sur la 83ième place mondiale. Comment expliquez-vous ce progrès et quels sont les principaux enjeux pour combattre la corruption au Maroc en ce moment?

Le progrès de 2017 en termes de points et de classement au CPI est peu significatif. Le Maroc fait du surplace depuis 1999 comme signalé plus haut. Le principal enjeux pour combattre la corruption au Maroc est la volonté politique. Pour ce faire la constitution de 2011 a ouvert beaucoup d’espoir: droit d’accès à l’information, participation citoyenne, organes de régulation de l’économie et de contrôle, obligation de rendre compte, interdiction du conflit d‘intérêt…mais les lois y afférentes qui ont été promulguées sont très restrictives et la mise en oeuvre des organes de régulation tarde à se mettre en place.

Combien de personnes travaillent pour Transparency Maroc et comment financez-vous votre travail ?

Le staff des salariés à TM est variable en fonction des projets et des possibilités de financement. Actuellement, le staff est constitué par 6 personnes. Les membres de l’association sont des acteurs bénévoles. Le financement de nos activités est assuré par des partenaires institutionnels particulièrement internationaux ou privés et par les cotisations des membres de l‘association.

Pendant les dernières années, le Maroc a vu plusieurs mouvements sociaux importants qui ont porté des revendications sociales et économiques basiques – notamment dans la région du Rif. En 2017, plus que 10.000 personnes ont manifesté devant le parlement à Rabat, la capitale du pays. En 2018, le Maroc a connu un mouvement de boycott inédit de certains produits leaders sur le marché pour protester contre des prix perçus d’être trop chers. Quelle est la position de Transparency Maroc envers ces mouvements et que signifient-ils pour le pays ?

Les mouvements sociaux des dernières années (Rif, Jerada, Zagora…) sont l’expression des citoyens contre la gouvernance d’une économie minée par la rente, la corruption et l’interférence du pouvoir politique avec celui de l’argent. Transparency Maroc a soutenu les mouvements sociaux pacifiques et dénoncé la répression massive qu’ils ont subie, estimant que ce sont des mouvements de victimes et de dénonciateurs de la corruption et de la mauvaise gouvernance. TM a aussi dénoncé les restrictions des libertés d’expression et des activités associatives de droits humains.

A l’occasion du boycott de trois produits ayant la grande part du marché (carburant, lait, eau minérale), Transparency Maroc "a interpellé les pouvoirs publics à plus de lucidité dans la gestion des crises que traverse le pays, à respecter les libertés publiques et à faire preuve d’un engagement effectif et sincère dans la lutte contre la corruption et contre toutes les formes de rente et de pratiques malsaines qui paralysent l’économie du Maroc et sape son développement économique et social". 

Depuis quand travaillez-vous en tant que secrétaire général de Transparency Maroc et quelle est votre motivation personnelle pour votre engagement ?

J’assume la fonction de secrétaire général de l’association depuis le 17 Février 2018, date de l’assemblée générale élective tenue le même jour durant laquelle TM a renouvelé ses instances de gestion : conseil national et bureau exécutif. Ma motivation personnelle est celle de tous membres de TM et des organisations des droits humains au Maroc qui souhaitent contribuer à la transparence de la gestion des affaires publiques et au respect des libertés publiques et de l’Etat de droit.

Questions: Adrian Nennich